Tu cours encore ?

La semaine dernière, j’ai lu un article qui m’a fait réfléchir à mon rapport au temps et au travail (à découvrir sur le site de Vice.com). Il y était question du fait que nous sommes nombreux à courir comme des fous pour notre boulot.

Comme me le faisait remarquer un ami, trouver un sens à son travail et se donner à fond peut être une bonne chose, mais ce que l’article mettait en lumière selon moi, c’était un tout autre phénomène : courir pour se sentir important.

Et ça, je connais bien.

Chrono4

Image extraite du film « Tout s’accélère » de Gilles Vernet

Etre une jeune femme débordée, c’est une situation que j’ai bien connue à la sortie de l’université. En commençant à travailler, je courais comme une folle. J’évitais de gérer mon stress et de prendre des distances par rapport à mon travail, il était toute ma vie.
J’ai plus tard compris que dans une société comme la nôtre qui valorise tellement le fait d’être occupé, courir contribuait à la reconnaissance sociale que j’attendais.

Je n’avais plus le temps de lire et me cultiver, alors qu’apprendre est un des grands moteurs de ma vie, mais je ressentais de la fierté de faire partie du club de « ceux qui bossent dur (et n’ont pas de vie privée épanouissante) ».
Et pour m’en sentir membre, j’ai parfois exagéré sur la quantité des tâches que j’avais à effectuer. Que ce soit auprès des autres ou de moi-même.

Toute cette occupation me permettait de ne pas me poser les bonnes questions : Etais-je à ma place ? (Non) ; Ma vie avait-elle un sens ? (Non plus)

Dans le film « Tout s’accélère », le philosophe Etienne Klein explique que ne pas avoir de temps peut offrir de grands avantages, comme le fait de ne pas écouter les autres et de ne pas accéder à leurs demandes.
Mon amie Marie, maman de mon filleul, me disait souvent à l’époque : « C’est dommage, on te voit si peu ».
En l’entendant, je prenais ses paroles pour des reproches, car moi je m’en voulais de ne pas être une marraine disponible et au top.
Quoique … à ce moment-là, m’occuper d’un enfant en bas âge ne me semblait pas inné et j’étais d’une certaine façon rassurée de pouvoir me cacher derrière une bonne excuse.
Je jouais intérieurement les incomprises :
« Mais elle ne remarque pas que travailler autant n’est pas une partie de plaisir ?! »

Ah, les petits jeux qu’on se joue à soi-même 😉

Dans cette course trépidante, stressante et insensée qu’était ma vie, une discussion m’a permis de prendre de la distance. Cette brèche a été ouverte par mon copain de l’époque, interne en pédiatrie.

« Tu ne trouves pas que tu es trop impliquée dans ton travail ? Ce serait bien pour toi d’arrêter d’y penser le soir et le weekend, non ? »

Comme cette proposition toute simple me semblait impossible, il continua :

« À l’hôpital aujourd’hui, on a reçu un petit patient. Si nous n’étions pas intervenus, il serait mort dans les 48h. Evidemment, j’y pense beaucoup, pourtant quand je rentre, je fais tout pour me vider la tête et être présent »

« … mais en fait, parfois, tu vois des enfants mourir ? Tu n’en parles jamais »

« Oui, la semaine dernière et cette semaine, il y en a eu deux, mais je ne t’en parle pas. Je fais mon possible pour laisser le boulot au boulot »

Electrochoc.
Ses paroles étaient pleines de bienveillance pour moi. Il n’était pas ici question de me faire comprendre que son travail impliquait plus de stress que le mien, mais tout simplement de me faire prendre conscience du stress que je portais.

Tout occupée que j’étais à me demander comment j’allais trouver des bougies pour décorer la piscine sans augmenter le budget (oui, j’étais bien organisatrice d’événements), je n’avais pas réalisé que sortir avec un pédiatre impliquait que la personne qui partageait ma vie voyait quotidiennement des enfants mourir.

« Y a-t-il une vie en jeu ? » est une question que je me suis souvent posée par la suite. Elle m’a toujours permis de prendre de la distance lorsque je stressais au boulot.
La réponse étant toujours « non ».

Après cette révélation, j’ai encore eu besoin de longs mois et de nombreuses autres expériences pour ralentir. Je cours encore parfois, parce que j’aime ça, mais je peux dire que depuis que j’ai quitté mon premier job, j’ai globalement appris à prendre et donner du temps.

Prendre du temps pour moi, comme il y a un an en participant au weekend « Happy way : conjuguer bonheur et travail ». Un temps de réflexion sur mes passions qui m’a permis de commencer ce blog.

Donner du temps aux autres, comme il y a deux ans lorsque j’ai conduit Marie et son compagnon à la maternité pour la naissance de leur deuxième enfant, et me suis ensuite occupée de mon filleul en attendant que sa petite sœur pointe le bout de son nez.

[J’étais très fière qu’on fasse appel à moi pour ces deux « missions » et en ressens encore beaucoup de gratitude]

Aujourd’hui, quand je les vois tous les deux courir vers moi tout sourires, prêts à me faire des tas de bisous, je me dis que j’ai bien choisi : avoir du temps à donner, ça n’a pas de prix !

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